Découverte par une équipe de chercheurs
américains et allemands, une nouvelle molécule offre un espoir dans la lutte
contre les bactéries multi-résistantes. Il pourrait agir plus efficacement que
les antibiotiques déjà disponibles sur des infections comme la tuberculose ou
le staphylocoque doré.
Les chercheurs ont fait pousser des bactéries non pas sur un substrat standard mais dans leur environnement originel. Pour cela, ils ont développé un système leur permettant d’en cultiver 10 000 dans la terre.
Les chercheurs ont fait pousser des bactéries non pas sur un substrat standard mais dans leur environnement originel. Pour cela, ils ont développé un système leur permettant d’en cultiver 10 000 dans la terre.
Environ 25 000 personnes par an, rien qu’en Europe, meurent
d’infections résistantes aux antibiotiques. Mais l’utilisation massive et
répétée de ces médicaments génère une hausse des résistances bactériennes dans
le monde entier, favorisant la réémergence et la propagation d’infections et de
maladies contre lesquelles on se croyait protégé. Or l’arrivée de nouvelles
molécules fait cruellement défaut. Grâce à une nouvelle approche, une équipe de
chercheurs américains et allemands a identifié un antibiotique prometteur,
baptisé Teixobactin. Ce nouveau composé pourrait agir plus rapidement que les
médicaments existants, tout en étant efficace contre certaines bactéries
multirésistantes.
Pour identifier cette nouvelle molécule, le Pr Kim Lewis et son
équipe de l’université de Northeastern, à Boston, ont utilisé une méthode
encore peu répandue. Les bactéries du sol constituent une ressource
sous-exploitée dans la recherche de nouveaux antibiotiques. Les chercheurs ont
eu l’idée d’en cultiver, non pas sur un substrat standard, mais dans leur
environnement originel. Pour cela, ils ont eu recours à un système nommé iChip,
breveté par la société américaine NovoBiotic, leur permettant de cultiver 10
000 bactéries dans la terre. En confrontant les bactéries du sol à des
bactéries pathogènes comme le staphylocoque doré, ils sont parvenus à
identifier celles contenant des molécules capables de les tuer. Cette méthode a
permis d’isoler 25 antibiotiques dont le plus prometteur, selon le Pr Lewis,
est le Teixobactin.
Efficace contre la tuberculose
Les tests de laboratoires parus le 7 janvier dans la revue Nature
montrent que le Teixobactin, testé sur des souris, est capable de tuer les
bactéries aussi rapidement qu’un autre antibiotique, la Vancomycine, utilisée
pour lutter contre les mêmes infections. De plus, toujours sur les souris,
l’utilisation de cette molécule n’entraîne pas d’effets secondaires. Le
Teixobactin est particulièrement actif contre les bactéries dites à Gram
positif telles que le staphylocoque doré (Staphylococcus aureus), la
tuberculose (Mycobactérium tuberculosus) ou encore le Clostrodium difficile,
responsable de diarrhées. « Mais, précise le professeur Patrice Courvalin de
l’Institut Pasteur, il reste sans effet sur les bactéries à Gram négatif comme
Escherichia coli et les entérobactéries », infections en constante augmentation
depuis 10 ans.
Il a fallu 30 ans pour qu’une résistance à la Vancomycine émerge.
Les auteurs de l’étude espèrent que l’apparition de la résistance à ce nouveau
médicament prendra davantage de temps encore. Reste que ce nouvel antibiotique
n’a pas encore été testé sur l’être humain. Il faut donc vérifier son
efficacité et l’existence éventuelle d’effets secondaires. Le Pr Lewis, qui a
dirigé l’étude, est quant à lui confiant. Il déclare que les premiers essais
cliniques sur l’Homme pourraient commencer dans deux ans et qu’en cas de
succès, le médicament pourrait être utilisé dans dix ans.
Les différentes orientations de la
recherche
La découverte d’antibiotiques a connu son âge d’or entre 1940 et
1960. À cette période, les scientifiques se penchent sur l’étude des microbes
vivant dans le sol afin de produire des toxines chimiques pour lutter contre
les bactéries pathogènes. Plus récemment, dans les années 1980, la recherche,
orientée vers la conception de molécules de synthèse dérivées ou non
d’antibiotiques naturels, a abouti à la découverte de nouveaux médicaments,
mais à peu d’antibiotiques. Les chercheurs se tournent désormais vers d’autres
méthodes et retournent à l’exploration du sol.


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